Mater Dolorosa

Publié le par Peggy Sastre

 
 

mamma-rosa.jpgAvant la reproduction c’était simple : Papa rendait visite à Maman et, neuf mois plus tard, un bébé naissait dans un chou. Aujourd’hui, les choses se corsent : les homosexuels se mettent à vouloir fonder leur famille, des femmes louent leur utérus, donnent leurs ovocytes ou veulent faire un bébé toutes seules. Misère, sans compter celles qui souhaitent disséminer leurs gènes dans la nature sans se soucier de l’élevage d’un rejeton ou celles qui, parce qu’elles sont stériles, se mettent à désirer ce qu’elle ne pourront jamais avoir. Le droit ne joue malheureusement pas pour eux, et si l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) progresse, ses avancées se font au profit d’un paysage reproductif bloqué autour d’un ventre maternel.

 

 

3 février 1988 : Le verdict de la Cour Suprême du New Jersey tombe. Le droit parental est accordé à la famille Whitehead. Résumé de l’affaire « Baby M », premier procès impliquant une mère-porteuse, ou, plus poétiquement, une femme pratiquant la « gestation pour autrui » (GPA). L’affaire oppose William Stern à Mary Beth Whitehead. William dont la femme est stérile demande un jour à Mary Beth d’être à la fois la génitrice et la mère porteuse de son enfant. Concrètement, William feconde in vitro Mary Beth, avec l’accord de son mari. Il est convenu entre les couples qu’elle porte l’enfant ainsi conçu à terme et qu’elle le rende dès la naissance au couple Stern, qui la dédommage de 10 000 $ pour le « service rendu ». Les choses se passent mal. A la naissance, Mary Beth veut garder l’enfant et porte l’affaire devant les tribunaux qui établissent alors l'absence de valeur juridique des accords de maternité de substitution.


 

D’autres procès de GPA sont aujourd’hui en cours notamment le cas d'une mère porteuse britannique et d’un couple américain. Quand cette mère porteuse découvre qu'elle attend des jumeaux, le couple ne voulant qu'un enfant, lui demande d'en avorter un. Elle refuse entraînant un conflit à l'issue duquel elle décide de garder les deux petites filles nées en en Grande-Bretagne - qui autorise le recours aux mères porteuses sans reconnaître de lien de filiation entre la mère et son enfant - en novembre 2001.


 

En France, pas la peine d’y penser, le recours aux mères porteuses, « gestatrices », est formellement interdit depuis 1991 par un arrêt de la Cour de Cassation, interdiction renforcée depuis par les lois de bioéthique de 1994, de 2001 et de 2004. C’est le cas de ce couple de Français partis louer, en Californie, les services d'une mère porteuse. Il est aujourd'hui accusé par la justice de «simulation ayant entraîné une atteinte à l'état civil de l'enfant» et de «trouble à l'ordre public». Les époux risquent trois ans de prison, 45 000 euros d'amende et le retrait de leurs jumelles. Pourtant il y en a qui s’acharnent, comme l’association MAIA qui défend sur un mode pleurnicheuse le recours à la GPA et suit de près cette affaire en lui prédisant une fin heureuse.


 

Néanmoins, comme le montre la juriste Marcela Iacub dans son dernier ouvrage L’Empire du ventre l’évolution du droit familial français s’est fait selon une logique de naturalisation. Loin de l’idée napoléonienne que les enfants naissent d’un mariage, c’est-à-dire d’une convention entre deux personnes et pouvant ainsi fonder la filiation sur une possession d’état ou sur une présomption de maternité, le droit limite aujourd’hui la filiation au produit d’un accouchement avéré. C’est ainsi qu’une femme peut devenir mère même si le foetus qu’elle porte ne provient pas de son ovocyte...


 

On ose à peine envisager les conséquences juridiques de l’ectogénése. Cette technique, très en vogue dans les écrits d’un Hermann Müller ou d’un Julian Huxley dans les années 1920 et permettant une gestation artificielle est aujourd’hui exclusivement reléguée au spectre fascisant d’un Meilleur des Mondes. Pour la juriste Marcela Iacub, ce préjugé est absurde : « On pense qu’on ne peut pas aimer un enfant qui n’est pas passé par un corps, c’est faire peu de cas de la paternité ! L’ectogénése fait de la gestation une technique, de même que la gestation pour autrui. On pourrait au contraire enfin débarrasser les femmes de cette charge. D’autres problèmes comme l’avortement seraient dédramatisés car il est toujours plus facile d’avorter une machine qu’une femme. Cela instituerait aussi un rapport symétrique à l’enfant entre l’homme et la femme... Au-delà de contraintes techniques il y va plutôt d’une répugnance d’ordre symbolique : un enfant né de la sorte ne serait pas humain. J’espère qu’il y a des personnes qui pensent autrement... »


 

S’il est vrai que le cas des mères-porteuses ne semble plus autant émouvoir qu’aux débuts de cette AMP, le ventre maternel est toujours autant sanctifié et le choix individuel diabolisé : « On a eu peur de la liberté qui donnait la possibilité de faire des accords, de faire des contrats, de fonder la famille sur la volonté et non pas sur la nature. La nature se met alors à marcher comme une instance limitative, instance tenue pour supérieure à la volonté humaine. On veut centrer la famille autour des femmes, pour qu’elles continuent à s’occuper de la reproduction. Une sorte de victoire à la Pyrrhus, vous avez tous les droits, mais vous avez aussi toutes les charges : les femmes continuent d’être esclaves de la reproduction. On aurait pu en vérité émanciper les femmes de cette tâche de la reproduction. Car telle qu’elle est organisée aujourd’hui, elle est le tombeau des femmes ». Pas le droit pour des homosexuels de fonder une famille ni pour une femme de se professionnaliser son utérus. A peu de choses près, l’histoire féminine coïncide avec une horloge biologique et l’heure à laquelle elle sonne. Être mère c’est le plus grand bonheur d’une vie, une chose naturelle et évidente pour beaucoup de femmes. Gare aux autres, celles pour qui cela représente un calvaire inimaginable, l’expression d’un asservissement rétrograde, ou, plus prosaïquement, une impossibilité biologique.

 

 

 


Publié dans Chronic'art

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