Sperme pour tous

Publié le par Mutagènes


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Après avoir obtenu des bébés souris à partir de cellules souches embryonnaires transformées en spermatozoïdes, l’équipe du Pr Karim Nayernia passe à la vitesse humaine et transforme avec succès des cellules osseuses. Prochaine étape : faire parvenir ces cellules à maturité et permettre aux hommes stériles de devenir fertiles. Ou aux femmes de produire leur propre sperme…


C’est une des grandes inégalités de la vie : seuls les hommes produisent du sperme. Et même, au sein de la gent masculine, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Certains spermatozoïdes sont fertiles, d’autres peinent à féconder un ovule. D’autres encore sont porteurs de mutations délétères à la production d’une bonne descendance. Mais c’est sans compter sur le professeur Nayernia et ses collègues qui ont bien l’intention de mettre fin à cette injustice de Mère Nature. Ceux-ci viennent en effet de réussir à transformer des cellules souches prélevées dans de la moelle osseuse en spermatozoïdes immatures. Pour l’expérience, le Professeur Nayernia et son équipe ont prélevé de la moelle osseuse sur quatre hommes sains et volontaires ; les scientifiques y ont isolé des cellules souches mésenchymateuses, connues pour être capables de produire des cellules osseuses, musculaires ou graisseuses. Mélangées à de la vitamine A ainsi qu’à des protéines favorisant leur croissance, elles ont été transformées en cellules souches spermatiques, aussi appelées spermatogonies. Ces cellules, dites « germinales primordiales différenciées », correspondent à la première étape de la spermatogenèse. Cette production de sperme, qui débute normalement avec la puberté, désigne la totalité du développement spermatique, allant de la spermatogonie (cellule immature) jusqu'au spermatozoïde (cellule mature). On trouve les spermatozoïdes à leur différents stades de division et de différenciation dans les tubes séminifères, permettant ainsi un apport continu en sperme. Principale différence entre les spermatogonies et les spermatozoïdes : leur nombre de chromosomes. Alors que les spermatozoïdes immatures possèdent deux paires de chromosomes, les cellules matures capables de fertiliser les ovules n’en possèdent qu’une seule. L’expérience de Nayernia sur les cellules spermatiques primitives dérivées des cellules souches osseuses parvient aux deux ou trois premières mitoses (divisions cellulaires), mais pas encore à la méiose (division cellulaire sexuelle où seul un demi-jeu de chromosomes se détache). Est-il possible d’achever le processus de spermatogenèse à partir de ces cellules souches ? Karim Nayemia répond positivement, en tout cas pour les souris, des animaux pour lesquels la toute-puissante bio-éthique n’est pas encore trop regardante. En juillet 2006, son équipe de l’Université du Newcastle upon Tyne, en Angleterre, avait en effet réussi à transformer des cellules souches d’embryons de souris en des cellules spermatiques fonctionnelles, capables de fertiliser des ovules et de produire une descendance viable. Nayernia a néanmoins préféré utiliser chez l’homme des cellules souches adultes, compte tenu des risques de controverse. « Si nous avions utilisé cette méthode lors des tests cliniques sur l’humain, nous aurions très certainement soulevé des problèmes éthiques », explique-t-il - ce traitement potentiel et novateur de l’infertilité demandant en fait la création de clones embryonnaires des patients pour un résultat optimal. C’est donc principalement pour des raisons éthiques, et non techniques, que Nayernia s’est tourné vers les cellules souches de la moelle osseuse pour appliquer sa découverte sur l’humain. Côté technique, Nayernia et ses collègues doivent encore répondre expérimentalement à quelques questions : ce sperme « artificiel » sera-t-il capable de passer le test d’acidité, indispensable à la fertilisation d’un ovule ? Comment s’assurer, avant développement complet d’un enfant humain, que ces cellules ne sont pas porteuses d’anomalies ? Côté éthique, l’éventail est large : Homo sapiens est-il prêt pour l’égalité spermatique ? Faut-il accorder aux femmes un monopole de reproduction expurgé des mâles ? Et, en dernier ressort, pourquoi ne fait-on pas aujourd’hui absolument ce que l’on veut de ses cellules, souches ou autres ? Réponse dans un prochain épisode (de l’évolution humaine).

Publié dans Chronic'art

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