L’'avis sexuel de…

Publié le par Mutagènes


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L’avis sexuel de… HPG


HPG est acteur, réalisateur et producteur de films pornographiques. Apparu dans les médias « normaux » suite à la censure sur Canal + de son documentaire HPG, son vit son œuvre sous la pression des Chiennes de Garde, il a pu finaliser son premier long métrage On ne devrait pas exister, présenté l'an dernier à Cannes et disponible aujourd'hui en DVD.
Je vis du sexe, alors mon intérêt pour la chose est complet, libidineux et mercantile. Je n’ai jamais ressenti de malaise face à la sexualité et les gens que je rencontre, quand on ferme la porte, ne m’ont pas l’air si coincés ; mais je parle pour ma paroisse. Je ne suis pas le BHL du sexe, je suis dans l’agir, pas trop dans la réflexion. Tu pourras mettre dans ton papier que tu m’as foutu la gaule et ça sera plus intéressant que toutes les conneries généralistes que je pourrais évoquer. Ce que je vois, c’est que les hommes continuent à être des gros machos – un étalon comme moi est d’ailleurs très bien vu –, tandis que les femmes continuent à vouloir s’émanciper. C’est toujours le combat du Don Juan contre la salope. L’intérêt du sexe vient de l’amour, et j’essaie de pratiquer la baise et l’amour comme deux choses séparées ; mais des fois, ça peut se mélanger rien qu’en changeant de position. Dans les médias, on fait souvent passer le monde du porno pour quelque chose d’indécent : que les donneurs de leçon aillent chanter avec leurs copains aux Restos du Cœur ! Je n’ai d’ailleurs rien contre ceux qui veulent faire la révolution à coups de fellation, parce que ça commencera à nous débarrasser des connards qu’on voit à la télé depuis dix ans. A part ça, je n’ai pas le militantisme dans l’âme, qu’on nous laisse faire nos cabrioles tranquilles, c’est tout ce que je demande. Je ne revendique pas une humanité excessive, je sais bien que je suis un trou du cul, que je pratique un gâchis de personnes, que je baise un peu à la chaîne, et alors ? Le sexe se passe bien quand on jouit de ses défauts et qu’on se pardonne, il ne faut pas trop cérébraliser, n’être ni dans la transgression ni dans la performance.
On ne devrait pas exister, de HPG
DVD Zone 2
(Optimale)



L’avis sexuel de… Claude Guillon

Claude Guillon est un autodidacte anarcho-situationniste. Son Suicide mode d’emploi (1982) a été interdit de réimpression, de diffusion et de publicité en 1995 et s’arrache désormais à prix d’or chez les bouquinistes. Il a depuis publié Le Siège de l’âme. Eloge de la sodomie (Fantaisie littéraire, érosophique et antithéiste) chez Zulma et vient de terminer une contre-encyclopédie du corps intitulée Je chante le corps critique.

A un niveau personnel, certaines personnes ont besoin de transgression pour arriver à l’excitation ; c’est une chose assez banale et je n’en pense rien. Mais le souci vient lorsqu’on croit que cette subversion (« ça choque le bourgeois ») va avoir un effet transgressif à un niveau social ; et ça, je n’y crois pas beaucoup. Les bourgeois ont toujours pratiqué le sexe avec une double morale : celle qu’on affiche et celle qu’on pratique. Ca n’a jamais empêché le système de fonctionner ; au contraire, ce sont des soupapes de sécurité. Il y a certes une relative tolérance, je dirais même une hébétude, face à des pratiques autrefois « bizarres », réservées à des gens « malades » ou « dangereux » et qui sont aujourd’hui en couverture de tous les magazines féminins, même ceux pour teenagers. Il y a autant de tabous qu’avant, mais ils sont répartis différemment. Il y en a beaucoup moins, par exemple, qui font consensus dans la société – à part la pédophilie. Mais la question du tabou, c’est de voir qu’il ne sert à rien. L’inceste est censé être un tabou, mais il se pratique partout. Un tabou, c’est quelque chose dont on ne parle pas et à l’abri duquel on fait ce qu’on veut. Depuis 1968, on parle certes plus de sexe, mais toutes les enquêtes sur les comportements sexuels montrent bien que ça ne bouge que très lentement, surtout par rapport à l’intense production marchande ou intellectuelle disponible sur le sujet. L’Etat s’accroche d’ailleurs aux branches en matière de législation. D’une certaine manière, l’extrême criminalisation et répression des affaires sexuelles vient aussi des pressions féministes. Le système a toujours eu la gestion comme objectif, et le fait avec ce qu’il sait faire : les tribunaux, les prisons, les psys, les flics... L’Etat s’adapte, il ne crée pas les problèmes mais peut à la limite les entretenir. Je pense qu’en matière sexuelle, on a encore besoin d’utopies amoureuses, et je ne les vois pas dans les revendications identitaires, dans le sexe qui définit, dans le sexe séparé, dans le sexe comme activité associative comparable à la pétanque. Je suis aussi assez éloigné de tout ce qui veut rendre les gens meilleurs et je suis très fouriériste. Fourier est à peu près le seul à partir du constat d’une immense diversité de goûts qui peuvent tous être assouvis, même s’il les intègre dans un système de régulation assez complexe. Il pense qu’il faut pouvoir alterner toutes les perversions, y compris l’amour fou. Ce serait un bon début pour voir où nous en sommes, c'est-à-dire pas très loin.
Le blog de Claude Guillon : claudeguillon.internetdown.org



OVIDIE-01.jpg L’avis sexuel de… Ovidie

Ovidie est actrice et réalisatrice de films pornographiques, dont le dernier, Les Concubines, est sorti en 2006 chez V Communication. Elle est aussi l'auteur de plusieurs livres dont Porno manifesto, dans lequel elle explique comment la pornographie peut être intégrée à la lutte féministe. Elle vient de publier Osez découvrir le point G, qui fait l'objet d'un film actuellement en cours de montage.

En ce qui concerne la libération sexuelle, je dirais qu’il y a une amélioration mais… qu’on peut mieux faire. Je viens de voir récemment un documentaire des années 1970 sur la sexualité, où la jouissance féminine était quasiment présentée comme un mythe ! Aujourd’hui, ce ne sont pas vraiment les tabous qui posent problème, mais l’ignorance. Beaucoup de femmes ne connaissent pas bien leur corps, ignorent l’existence de leur point G et en face, beaucoup d’hommes voient encore la jouissance féminine comme une castration. Il ne faut pas oublier qu’il y a en France, chaque année, près de 20 000 viols ! Ce dont je souffre le plus, c’est la pression sociale quotidienne : je ne peux plus prendre le métro, mes voisins me regardent bizarrement ou alors j'ai affaire à des insultes - des femmes surtout... Des actrices peuvent aussi perdre leur boulot « régulier » si elles se font reconnaître. Le pire, c’est que jamais ces personnes n’assumeront le fait d’avoir vu un film porno : ce sera un lien trouvé « par hasard » sur Internet, ou, maintenant que le porno commence à être médiatisé, parce qu’on nous aura vues à la télé. Si l’Etat doit intervenir quelque part en matière de sexualité, c’est pour punir plus durement les crimes sexuels qui sont une véritable destruction psychique. Mais en aucun cas il n’a son mot à dire sur la sexualité consentante, sous toutes ses formes. Au même titre que l’alimentation, le sexe est vital. Il n’y a pas de vie épanouie, pas de couple, pas de parentalité, ni de construction familiale épanouie sans sexualité épanouie. Maintenant, il faut tenter, autant que faire se peut, d’en faire un art, de développer quelque chose de pratiquement cosmique.
Osez découvrir le point G, d'Ovidie
(La Musardine)



gaypride1.jpg L’avis sexuel de… Maîtresse Nikita

Maîtresse Nikita est pute et fière de l’être depuis l’âge de 15 ans. Après plusieurs années de lutte identitaire au Fahr (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) ou à Act-Up, elle est aujourd’hui membre du collectif activiste « Les Putes ». Elle vient de publier, avec Thierry Schaffauser, un livre-manifeste, Fières d’être putes.

La révolution sexuelle ? Elle est arrivée au pouvoir en 1981, elle s’est arrêtée et les putes ont toujours été mises à l’écart. Les féministes du pouvoir, comme Gisèle Halimi ou Malka Marcovich, ont une vision essentialiste de la femme. Mais la femme c’est quoi ? La couverture de Elle ? Nous, les putes, nous n’avons pas le droit de dire que nous avons librement choisi notre métier et que nous l’aimons. Mais qui a le droit de décider pour autrui quel métier il doit exercer ? Faisons-nous un métier criminel ? Faisons-nous du mal ou donnons-nous du plaisir à nos clients ? L’an dernier, nous avons été censurées d’antenne par Malka Marcovich qui a refusé de débattre avec nous sur le plateau de France Europe Express. Copine de Christine Ockrent, elle a pu à foison déverser des contre-vérités et des hoax énormes, comme cette histoire de super bordel aux abords des stades de la Coupe du Monde. Le calcul était simple : il y a 400 000 putes en Allemagne, 10 % d’augmentation de la population au moment de la Coupe, c’est mathématique, il fallait importer 40 000 putes de l’étranger. Bien sûr, les frontières allemandes sont de véritables passoires, l’immigration clandestine n’est pas du tout contrôlée… En réalité, il n’y a aucune pute étrangère qui n’est venue en Allemagne, et si il y en avait une qui pouvait en avoir l’idée, elle serait bien vite rentrée chez elle, car nous savons bien que les soirs de match, les mecs sont trop bourrés pour faire quoi que ce soit, ce sont des soirs où nous avons beaucoup moins de boulot. Que ces féministes viennent travailler une semaine avec nous avant de dire n’importe quoi, de colporter des mensonges pour justifier leur propre vision du sexe. Nous sommes dangereuses par rapport à un sexe qui reste encore majoritairement procréateur, et donc nous sommes dangereuses pour la société. Concrètement aussi, avec leurs « Save and rescue », les Marcovitch et autres ne sont responsables que des ratonnades policières, des confiscations de préservatifs, des contrôles fiscaux… et ce, dans tous les pays ! Il y a eu récemment une manifestation de 5 000 putes, en Chine, pour dire que non, elles ne voulaient pas être « rescued », qu’elles n’étaient pas du bétail, qu’elles avaient le droit de décider… Nous ne demandons pas autre chose que de ne pas être exploitées, d’être déclarées, de payer la TVA… Avec la loi sur la sécurité intérieure (LSI) de Sarkozy, les putes ne sont plus sur l’avenue Foch, mais dans la Forêt de Sénart ou de Saint-Germain, où elles doivent payer 300 euros un souteneur – qui fait quand même un tarif dégressif, à 900 euros la semaine - qui les protège des exactions policières et des contrôles. A 10 euros la pipe, certaines n’ont même pas de quoi se payer leur chambre d’hôtel, c’est n’importe quoi, on nous refuse presque le droit d’exister, alors que nous existons depuis la nuit des temps, que nous étions des déesses dans certaines cultures. On croit que la prostitution va s’arrêter sur un décret ? Que tout le monde pourra assouvir ses besoins sexuels à la maison ? En France, nous sommes considérées comme des inadaptées sociales, pour ne pas dire des « caractères pervers sociopathes ». Au même titre que les handicapés mentaux, nous n’avons pas le droit de choisir notre sexualité.
Fières d’être putes, de Maîtresse Nikita et Thierry Schaffauser
(L’Altiplano)

Publié dans Chronic'art

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