Orgasmatron ou le panard bionique

Publié le par Mutagènes

 

 
 
 

img02.jpgQuelques électrodes implantées sur la colonne vertébrale, une télécommande et des femmes anorgasmiques (re)trouvent le chemin de l’extase. L’orgasmatron est né par hasard des mains d’un anesthésiologiste, il y a six ans, et vient tout juste de passer l’épreuve des tests cliniques.

 

 

On parlait de « frigidité », le terme correct est désormais « troubles de l’orgasme ». 12 à 30 % de la population féminine, selon les sondages, seraient ainsi des handicapées du plaisir sexuel ; 65 % connaîtrait au moins une fois dans leur vie de tels problèmes. Bonne nouvelle (pour celles qui s’en plaignent), un petit appareil implanté sur la colonne vertébrale permettrait de déclencher l’orgasme.


C’est ce qu’a découvert, un peu par hasard, Stuart Meloy, anesthésiologiste et spécialiste reconnu du traitement de la douleur. En 2000, alors qu’il travaille sur une diminution de la douleur sans substance via modulation électrique des flux nerveux dans la colonne vertébrale, le chercheur expérimente sur une patiente souffrant de lombalgie chronique un implant électrique percutané sur l’espace péridural, implant contrôlable directement par télécommande. Une fois l’appareil mis en marche, la patiente commence à gémir, les moniteurs s’affolent : elle hyperventile ! L’expérience est coupée nette, au grand désespoir de la volontaire qui se tourne vers Meloy : « Vous allez maintenant apprendre cela à mon mari ! ». L’orgasmatron (ODD de son nom scientifique : orgasmic dysfunction device) est né. Meloy doit maintenant faire passer des tests cliniques à son pacemaker d’orgasme, prouver qu’il peut reproduire l’expérience, passer du statut de spécialiste du traitement de la douleur à celui de guérisseur sexuel et potentiellement gagner le gros lot.


L’aval de la FDA n’est pas le plus difficile à obtenir : bizarrement, Meloy rame pour trouver des volontaires. A grand renfort d’annonces, il parvient enfin à réunir onze femmes âgées de 32 à 60 ans. Elles souffrent d’anorgasmie primaire (elles n’ont jamais connu l’orgasme) pour six d’entre elles, secondaire (la capacité à atteindre l’orgasme a disparu au cours du temps) pour les cinq autres. Les onze femmes peuvent utiliser chez elles l’orgasmatron durant neuf jours, entrecoupés au minimum tous les trois jours d’une visite de contrôle au laboratoire. Elles doivent aussi tenir un journal pour consigner la fréquence de leurs activités sexuelles, le nombre des orgasmes atteints et noter leur intensité de 1 à 5. Accessoirement, elles peuvent préciser la qualité de leur lubrification vaginale, indicateur connu de pression sanguine et d’excitation. A la fin des neuf jours, 91 % des patientes ont ressenti une nette amélioration de leur désir sexuel, et 40 % (80 % chez les anorgasmiques secondaires) ont atteint l’orgasme avec une note moyenne de 3,25. Une patiente est tout de même exclue de l’étude, car elle n’a pas activé une seule fois les électrodes… Une autre est particulièrement enthousiaste : à 48 ans, elle n’arrivait plus à jouir depuis quatre ans de ménopause. En neuf jours elle a atteint sept fois le septième ciel. Déjà breveté, l’orgasmatron attend désormais sa commercialisation, à un prix oscillant entre 13 000 et 17 000 dollars. Après la mécanique des femmes, place à leur connectique.

 

 

Publié dans Chronic'art

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