Zone non fumeur

Publié le par Mutagènes

file-199038-30627.jpgOubliez les patchs, l’acupuncture et les chewing-gums à la nicotine. La solution pour arrêter de fumer en 2007 : l’ablation de l’insula, une petite zone cérébrale située près de l’oreille.

 

 

 

C’est l’histoire d’un fumeur de cigarettes, un gros en plus. Il fume en moyenne plus de 40 cigarettes par jour et ce depuis bien longtemps, depuis le service militaire peut-être, quand il existait encore et quand les paquets de cigarettes faisaient partie de l’attirail du troufion de base. Il a bien essayé d’arrêter : sa femme, ses enfants, ses amis, n’en peuvent plus et la majorité de ses conversations sont devenues des remontrances. Ses soirées mondaines, il les passe sous la pluie ou dans le froid pour assouvir son vice. Il monte les escaliers avec difficulté, le sport est désormais un vieux rêve, tous ses habits puent, même quand ils sortent du placard. Il lui arrive aussi de se réveiller en sueur à la suite d’horribles cauchemars : tous les bureaux de tabac sont fermés et les cigarettes sont toutes fumées dans le cendrier. Depuis peu, le pays qu’il habite s’est doté d’une législation stricte : on ne fume plus, le « tabagisme » est désormais une pathologie autant sociale que médicale. Bref, la vie de ce gros fumeur n’est pas très rose, elle vire même vers le gris anthracite des poumons goudronnés. Jusqu’au jour où, en lieu et place des métastases bronchiques promises par le corps médical, le gros fumeur fait un accident vasculaire cérébral. Une zone précise de son cerveau est atteinte : l’insula. Certaines fonctions sensori-motrices sont endommagées mais surtout, ô miracle, il n’a plus aucune envie de fumer.


Ce gros fumeur a existé et c’est sur ce cas étrange des annales neuropathologiques récentes que se sont penché des scientifiques de l’Université d’Iowa et de l’Université de la Californie du Sud, dont Hanna Damasio. Leur hypothèse : et si l’insula jouait un rôle-clé dans l’addiction nicotinique ? L’insula est une petite zone cérébrale de la taille d’une prune, située près de l’oreille. Ces noyaux de neurones sont habituellement impliqués dans la conscience des besoins, dans les représentations mentales du corps, en particulier le système intéroceptif (le captage des informations sensitives provenant des organes) ou dans la transformation des sensations physiques en sentiments (être anxieux parce que son cœur bat trop vite). Une forte activité bilatérale de l’insula a d’ailleurs été récemment associée au sentiment de manque chez des drogués. Et la suractivation du côté droit de l’insula est corrélée à une rechute dans la consommation de drogues. Mais si de nombreuses zones cérébrales sont impliquées dans le phénomène de l’addiction, aucune n’avait été jusqu’à présent précisément isolée concernant le « tabagisme ». Les chercheurs ont interrogé 69 ex-fumeurs, ayant fumé au moins cinq cigarettes par jour pendant plus de deux ans, tous victimes de blessures au cerveau observées par IRM : 19 d’entre eux avaient un traumatisme à l’insula, dont 6 au côté droit et 13 au côté gauche. Les 50 autres présentaient des dommages cérébraux hors de l’insula. Les participants ont dû répondre à plusieurs questions concernant leurs habitudes de fumeur et leur sevrage. Ils ont ensuite été rassemblés en différents groupes en fonction de ces habitudes tabagiques ou de l’étiologie de leurs dommages cérébraux. Contrairement à la majorité des fumeurs pour qui le sevrage avait été long et pénible, 13 personnes sur les 19 qui présentaient des traumatismes à l’insula n’avaient éprouvé aucune difficulté à cesser de fumer et ne ressentaient plus la moindre envie pour le tabac. 12 avaient arrêté le jour de leur accident et décrivaient cela en des termes choisis tels que « mon corps a oublié d’avoir envie de fumer » ou encore « c’est comme une lumière qui s’est éteinte du jour au lendemain ».


Puisque la sainte alliance du Commissariat d’hygiène totale et de la Police du lien social ont décidé de traquer les « tabagistes » jusque dans les derniers recoins des aires publiques, cessons la farce des amendes, des patchs et des chewing-gums nicotinés. Ablation de l’insula pour tous : tel devrait être le mot d’ordre de la nouvelle hygiène socio-pulmonaire.

 

 

Publié dans Chronic'art

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Guesnier Valérie 09/08/2010 19:01



J'aimerais pouvoir utiliser cette image pour une petite exposition que je prépare en collaboration avec la Ligue contre le cancer sur le thème"le cancer dans l'art". Est-ce possible? Merci
de me répondre très rapidement car je suis évidemment très en retard.