Drogues sous ordonnance

Publié le par Mutagènes

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Une drogue bien connue des rave-parties, la kétamine, a donné des résultats époustouflants pour traiter des dépressifs sévères. La frontière entre drogues et médicaments est-elle menacée d’extinction?

 

 

 

Douze femmes, six hommes. Age moyen : 46,7 ans. Signe distinctif : dépression sévère. Pas le blues des mauvais moments de la vie : ces patients sont résistants à tous les antidépresseurs connus. Ils ont testé les tricycliques, les IMAO, les sérotoninergiques, mais rien n’y a fait. La planète Prozac de la bonne humeur chimiquement assistée n’a pas voulu accueillir ces résidents. Le médecin, Carlos A. Zarate des Instituts Nationaux de la Santé (Bethesda), injecte une substance incolore dans les avant-bras des patients. Les uns reçoivent un placebo, les autres de la kétamine. Les patients retournent dans leur chambre. Environ 110 minutes après l’injection, ceux qui ont reçu une molécule active commencent à sentir leur humeur changer. Une semaine plus tard, 29% d’entre eux sont d’excellente humeur, 71% se sentent mieux sans être guéris pour autant.


 

L’expérience du Dr Zarate, récemment publiée dans la presse psychiatrique, a été saluée dans le monde entier. La plupart des antidépresseurs demandent trois à quatre semaines pour faire effet. Un début de rémission constaté en moins de deux heures et confirmé une semaine plus tard, cela relève du miracle. D’autant que l’élixir de joie de vivre, la kétamine, n’agit pas sur les neurotransmetteurs habituellement associés à la dépression (sérotonine, dopamine) : elle transforme le cycle du glutamate, une molécule encore mal connue quoique très répandue dans nos neurones.


 

Mais plus étrange encore est le destin de la kétamine. Cette molécule, conçue et commercialisée dans les années 1960 par la compagnie Park Davis de Detroit était à l’origine un puissant anesthésique non barbiturique. On le réserve aujourd’hui dans des cas pédiatriques et vétérinaires. Pourquoi ? Parce que les enfants et les animaux sont moins enclins à apprécier ses effets psychédéliques. Car l’ingestion de kétamine produit, dans un sentiment global de bien-être, de rapides perceptions dites « dissociatives » (impression de sortir de son corps), des hallucinations visuelles ou auditives et des érections chez l’homme. Bref, l’accessoire indispensable des agapes underground. Chez les clubbers, elle est connue sous diverses appellations : Ket, Spécial K, Kit Kat, Keller, Vitamine K, Super acide et Super C...


 

Les patients dépressifs du Dr Zarate se sont donc vus injecter une drogue attestée. Ce qui pose une intéressante question : à quel moment les substances franchissent-elles la mince frontière séparant la drogue du médicament ? Le problème est d’autant plus épineux que les progrès de la chimie de synthèse aboutissent à la mise sur le marché de molécules face auxquelles les autorités ne savent pas trop sur quel pied danser. Ainsi, la société néo-zélandaise Stargate Internationale, dirigée par Mark Bowden, vend chaque année à travers le monde un million de pilule de BZP (benzylpiperazine) : ce composé chimique mis au point dans les années 1990 possède des propriétés stimulantes proche des amphétamines. Illégal dans certains pays, le BZP se consomme librement dans d’autres. Désormais, les molécules de synthèse atteignent aussi facilement les portes de notre cerveau qu’elles franchissent les frontières du droit et de la médecine.

 

 

 

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Stargate et le BZP

 

http://www.stargateinternational.org

 

 

Une visite au Dr Zarate

 

http://intramural.nimh.nih.gov/research/clinicians/sc_zarate_c.html

 

 

Tout, tout, tout sur les drogues d’hier et de demain

 

http://www.erowid.org/

 

 

 

 

Publié dans Chronic'art

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