BioTerreur

Publié le par Mutagènes

biohazard.jpgDans nos sociétés ouvertes, tous circulent librement. Y compris les microbes. Une aubaine pour les artisans du bioterrorisme, menace nouvelle jetant son ombre sur l'époque hypermoderne.

 

 

 

Des scientifiques détournent l'objet de leur étude dans les laboratoires. Des sociétés privées sous- raitent la sécurité nationale auprès des Etats débordés. Toutes les polices du monde se réunissent pour trouver la meilleure réponse face à une menace d'un genre nouveau… Voilà qui ressemble aux ingrédients d'un roman moyen de science-fiction - le nouveau Robin Cook qui ressemble tant aux précédents. Sans doute. Mais ce n'est pas de SF dont il s'agit. Ces faits décrivent notre réalité hypermoderne.

 

 

 
 

Un mois de mars comme un autre…

 

Mars 2005, un mois parmi d'autres dans l'agenda surbooké de la planète mondialisée. Le 1er et le 2, à Lyon (France), se tient sous l'égide d'Interpol la plus grande réunion policière jamais organisée dans l'histoire. 155 pays sont représentés. Leur objectif principal n'est pas d'analyser les 8.127 suspects répertoriés dans la toute nouvelle base de donnée planétaire du terrorisme, mais d'évoquer une menace précise : la terreur biologique, sous forme d'attaque locale ou globale, à l'aide d'agents conventionnels ou synthétiques. Ronald K. Noble, secrétaire général d'Interpol, ouvre la réunion en ces termes : " Il n'existe pas aujourd'hui de menace criminelle présentant un plus haut potentiel de risque que le danger bioterroriste. Et il n'existe pas non plus de crimes où la police est si peu entraînée à prévenir ou à réprimer une attaque ". A cette occasion, le ministre de l'intérieur Dominique de Villepin confie que la bande islamiste récemment démantelée en région parisienne préparait " un attentat au gaz cyanuré ". On n'en saura guère plus. Trois semaines plus tard, le 22, la police débarque dans le Centre pour la Science Biomoléculaire de l'Université de Floride, à Orlando. Elle vient arrêter un jeune chercheur d'une trentaine d'années, d'origine indienne, Singh Laxman Meena. Il a détourné huit lignées clonales du bacille de Koch, l'agent bactérien responsable de la tuberculose. Ses motivations sont pour l'instant inconnues, mais le bacille est considéré comme un outil potentiel de la menace bioterroriste. Le généticien va subir des interrogatoires plus poussés.

 

 

 

Une semaine plus tard, le 29, à Laval (Québec). Le Dr Suzanne Level, présidente de la start-up et déjà multinationale Genomics One, annonce une alliance stratégique avec une consœur française, Abionix, basée à Aix-en-Provence, sous l'égide d'investisseurs suisses (Capital System Investments). Objet de ce rapprochement : la mise en place d'une division Biodéfense chargée de répondre aux demandes de plus en plus pressantes des autorités civiles et militaires. Les deux sociétés privées planchent donc à la mise au point de spectromètres de masse et puces ADN nouvelles générations, capables de repérer un agent infectieux en environnement ouvert.

 

 

 
 

La Grande Peste à venir

 

 

Contrairement à ce que l'on croit, la guerre biologique n'est pas nouvelle. Grecs, Romains et Perses avaient l'habitude d'infester les sources de leurs adversaires avec des animaux morts. Et l'on dit que les cadavres de pestiférés catapultés par les assiégeants tatars sur les murailles de Kaffa (Ukraine), en 1346, furent à l'origine de la grande épidémie de Peste Noire qui commença deux ans plus tard à décimer 25 millions d'Européens. Le meurtre de masse par tous les moyens disponibles est décidément une vieille spécialité humaine…

 

 

 

Le spectre d'une Grande Peste mondiale provoquée par un acte terroriste est-il une réalité, ou le simple fantasme d'agences gouvernementales en mal de financement ? Les attaques récentes par agents biotoxiques n'ont eu qu'une ampleur limitée. Les adeptes du culte Rajneeshee ont empoisonné à la salmonelle 10 restaurants de l'Orégon (Etats-Unis) et occasionné 750 gastro-entérites de gravité variable. La secte japonaise Aum, qui avait gazé le métro de Tokyo au sarin en 1995, n'a pu mener à bien son programme de développement du charbon (anthrax). Et les attaques postales utilisant ce même anthrax, menées aux Etats-Unis en octobre 2001, n'ont fait " que " cinq morts, sans que l'auteur soit officiellement identifié - beaucoup pensent qu'un scientifique américain en est à l'origine, certaines sources suggérant même qu'il a déjà été neutralisé discrètement pour cause d'unité nationale contre un ennemi forcément extérieur.

 

 

 
 

Mais voilà, depuis un certain 09/11/01, personne n'est prêt à parier sur le manque d'imagination et d'efficacité des groupes terroristes. Selon Richard Danzig, consultant en guerre biologique auprès du Pentagone, notre planète compterait 1000 à 10,000 scientifiques ayant la capacité et l'idéologie requises pour mettre au point un microbe meurtrier. Et plusieurs centaines de milliers de laborantins maîtrisent les étapes essentielles de cet artisanat morbide.

 

 

 
 

Les scénarios du pire

 

 

L'évolution extrêmement rapide des biotechnologies n'arrange pas les choses. Une anecdote en témoigne : en 2002, un panel d'experts de la National Defense University (Etats-Unis) publiait de manière semi-confidentielle un rapport sur les moyens techniques nécessaires à la mise en œuvre de la menace bioterroriste. Les auteurs concluent que la plupart des technologies seront disponibles d'ici deux à cinq ans. A peine le rapport envoyé aux scientifiques et médecins concernés, ils sont bombardés de mail, fax et coups de téléphone : " Pourquoi dites-vous que nous ne pouvons pas encore le faire aujourd'hui ? C'est déjà ce que nous faisons dans notre labo tous les jours ! ".

 

 

 

Les experts mandatés par les gouvernements sont donc condamnés à dresser les scénarios des catastrophes à venir. Dans le meilleur des cas, les premières attaques bioterroristes prendraient la forme d'infections locales, grâce à des agents relativement aisés à manipuler : toxine botulinique (très dangereuse mais non contagieuse) ou anthrax (facile à disséminer par voie aérienne mais difficile à stabiliser en spores ayant la masse requise). Dans le pire des cas, on évoque l'utilisation de virus très contagieux, éventuellement modifiés par le génie génétique. De nombreux stocks de variole sont ainsi entrés sur le marché noir de la terreur après le démantèlement de l'Union soviétique. Le simple virus de la grippe, qui provoqua la plus mortelle épidémie du XXe siècle (1918-19 : 40 millions de morts en quelques mois), peut devenir une arme redoutable.

 

 

 
 

Car telle est l'équation fatale du bioterrorisme : moyens minimaux, effet maximal. Tout le contraire du nucléaire, qui fut la grande peur du XXe siècle. L'intérêt des armes biologiques est évident : efficaces en petites quantités, elles ne sont pas détectables ; leur coût d'acquisition et de production est faible ; la mise en culture et la prolifération sont délocalisables ; l'impact psychologique est énorme ; le temps d'incubation permet de filer dans la nature entre l'infection et l'épidémie ; les effets sur une économie peuvent être ravageurs. Autant de critères qui en font l'instrument de prédilection des temps hyperterroristes.

 

 

 

Mais qui voudrait donc semer le vent mauvais de la terreur ? D'une part, on sait qu'il existe des groupes bien entraînés souhaitant inscrire leur marque dans l'imaginaire de leurs victimes et dans l'histoire de leur époque. Plusieurs laboratoires d'Al Qaeda ont ainsi été démantelés dans les zones frontières de l'Afghanistan et du Pakistan. D'autre part, nombre d'Etats sont suspectés de continuer un programme clandestin d'armement biologique malgré les interdits décrétés par la Convention de 1972 : Iran, Israël, Lybie, Syrie, Chine, Corée du Nord, Taiwan, auxquels certaines voix officieuses suggèrent d'ajouter les Etats-Unis et la Russie.

 

 

 

La question n'est pas de se demander si l'humanité connaîtra la bioterreur au cours du nouveau siècle, mais plutôt de savoir quand, où et comment celle-ci se déclenchera. A ce moment-là, il vaudra mieux posséder une maison de campagne dans un coin déserté de la planète…

 

 

 

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A lire

 

Patrice Binder, Olivier Lepick, Les armes biologiques, PUF

 

Judith Miller, Stephen Engelberg, Germes : les armes biologiques de la guerre secrète, Fayard

 

 

 

 

 

A consulter

 

 

 
 

http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/biotox/
Que faire si vous trouvez une enveloppe remplie de poudre blanche dans votre courrier ? Les réponses du plan français de prévention du bioterrorisme, BIOTOX.

 

 

 
 

http://www.bt.cdc.gov/
Le site officiel des différentes agences fédérales américaines en charge des menaces NBC (nucléaire-biologique-chimique).

 

 

 
 

http://www.pasteur.fr/pasteur/bioterrorisme.html
Expert mondialement réputé en virus, bactéries, myètes et autres microbes létaux, l'Institut Pasteur vous informe.

 

 

 
 

http://www.abionix.com
Envie de vous acheter un spectromètre de masse pour usage perso? Bienvenue chez Abionix, qui travaille dans l'ombre à votre biosécurité...

 

 

Publié dans Chronic'art

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