Bio-Art

Publié le par Mutagènes

489329Alba-Bunny.jpgBio-Art, Art Biotech, Art transgénique… les appellations ne manquent pas pour désigner une même réalité : le vivant devient le matériau des artistes du futur.


" L'art est imitation de la nature ", disait Aristote. Le philosophe grec ne connaissait pas encore Eduardo Kac , Laura Cinti, Marta de Menezes et quelques autres figures du mouvement Bio-Art. Leur point commun ? Utiliser le vivant et la technologie pour créer des œuvres uniques, hybrides de naturel et d'artificiel, métamorphoses techniques de la vie ou incarnations vivantes de la technique, selon la perspective que l'on se donne. L'art n'est plus une imitation, mais une extension de la nature. En ce début de millénaire, Homo sapiens accomplit son destin de créateur en lançant l'évolution techno-biologique, imprévisible devenir du vivant. Comme toujours, les artistes se placent à l'avant- garde.

 

Le représentant le plus célèbre du Bio-Art est sans doute Eduardo Kac, artiste brésilien qui fit scandale voici quelques années (2000) en exposant en Avignon Alba, un lapin devenu fluorescent par adjonction d'un gène de méduse. A l'heure où grondait déjà la révolte néoluddite de Bové et consorts, l'œuvre ne passa pas vraiment inaperçue. Les critiques laissèrent l'artiste de marbre : " Je rêve d'un autre monde mais je travaille pour le construire ", martèle-t-il. Et il ajoute : " L'art, c'est la philosophie à l'état sauvage ". Réminiscence nietzschéenne de l'artiste démiurge : " L'art, seule force qui fasse victorieusement contrepoids à tout ce qui nous porte à nier la vie… Rédemption de l'homme d'action, de celui qui, non content de voir le caractère redoutable et équivoque de l'existence, la vit, veut la vivre ".

 

Kac est la partie émergée de l'icerberg transgénique. Quelques années plus tôt, en 1996, Oron Catts et Ionat Zurr avait lancé le mouvement SymbioticA. Son objet ? Utiliser des cultures de tissus vivants comme matériau créatif. Cela avait commencé par des mini-poupées en peau humaine prêtée par des laboratoires hospitaliers de greffe. Cela continue, tout récemment, avec la création d'ailes en peau de cochon. Le but ? " Pousser les gens à réfléchir et à débattre. C'est une période cruciale pour manipuler la vie ", assure Lonat Zurr.

 

Un avis partagé par Laura Cinti. Cette jeune artiste installée à Londres a lancé en 2002 le Cactus Project, qui a abouti récemment : elle a donné naissance aux premiers cactus dotés d'une chevelure humaine grâce à un transgène. Choquant ? " Certains spectateurs de mes expositions me trouvent irresponsable, immorale, provocatrice, dérangeante d'un point de vue éthique ", reconnaît Laura Cinti. Mais elle précise : " La morale n'a jamais été pour moi un obstacle à la création artistique. Peut-être même que l'art doit se confronter à la morale, c'est peut-être son rôle, bien plus que ne doit le faire la science par exemple ". Nous y voilà. A l'heure où l'idée d'avoir quelques OGM dans les chips de son barbecue cancérigène fait hurler la ménagère de moins de 50 ans, les bio-artistes n'hésitent pas à affronter directement les phobies paresseuses du public et les admonestations mielleuses des moralistes. Tout le contraire des scientifiques qui, soupçonnés d'être des réincarnations de Hitler ou du Dr Frankenstein, font le dos rond dans leurs labos. L'incompréhension du public, Joe Davis la connaît bien. Cet artiste américain implante dans des micro-organismes des dessins ou des textes écrits directement avec l'alphabet du vivant, les quatre paires de base (ATGC) formant l'ADN des cellules. Ses premières expositions ont été fraîchement accueillies par des activistes : " Des écologistes et des fermiers bio assimilaient mes œuvres au problème de la mondialisation. On se serait cru aux manifs contre l'OMC à Seattle ! " Le rêve de Davis n'a pourtant pas grand-chose à voir avec celui des multinationales du grain modifié : " Je veux reconstruire le jardin perdu. La vie, c'est le code. Bien sûr, on n'a pas trouvé le gène qui nous rend humain ni celui de l'espoir, mais on peut ajouter des éléments pour retrouver l'harmonie, la connaissance parfaite ".

 

Autre dada des héritiers de Dada : brouiller les frontières entre naturel et artificiel, en finir avec le dualisme stérile qui oppose la vie et la technique ou l'art. L'artiste portugaise Marta de Meneses crée ainsi de nouvelles espèces de papillons, en modifiant légèrement la couleur d'une de leurs ailes par manipulation génétique. " Tout dans les papillons est naturel, car je n'ai ajouté aucun matériau : j'ai juste modifié le motif. Pourtant, cela n'est pas naturel car cela ne se rencontre nulle part dans la nature. Alors au fond, qu'est-ce qui est au juste 'naturel' ? "

 

Dans le meilleur des mondes marchands, ces innovations de l'art et de la science destinée à rénover l'imaginaire suscitent également un intérêt très matériel. La société GloFish commercialise ainsi depuis le début de l'année le premier poisson-zèbre transgénique pour aquarium, issu des travaux du Pr Zhiyuan Gong. L'art in vitro terminera-t-il dans les vitrines ?

 

***

 

Eduardo Kac et fluo bunny

C'est un peu le patriarche du bio-art : Alba, son lapin fluorescent né en 1998, est célèbre dans le monde entier. Le Brésilien Kac est l'auteur de plusieurs autres performances transgéniques : Move 36, The Eight Day, Genesis…

www.ekac.org

 

 

Le monde entier…

est un cactus chevelu. Vous le constaterez sur le site Cactus Project de Laura Cinti, qui implante des cheveux sur les plantes grasses. Egalement de nombreux liens vers des artistes transgéniques.

www.lauracinti.com

 

 

Art sur tissu

Non, ce n'est pas de la broderie de grand-mère ni de l'art traditionnel guatémaltèque, mais bien de tissu vivant dont il s'agit pour cet incubateur de projet artistique australien, Tissue Culture & Art. On y trouve notamment les créations du Finlandais Oron Catts et de l'Anglais Ionat Zurr : des ailes en peau de cochon. Un peu plus gore : une reproduction de l'oreille de Stelarc
www.tca.uwa.edu.au/

 

 

Joe Davis, post-socratique

Joe Davis est un artiste américain notamment affilié au MIT. Il écrit des textes en code ADN (ATGC) pour les réimplanter dans des organismes. Dernier travail : un fragment génétique d'Héraclite - " on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ".

www.clondiag.com/art/joe.davis/index.php

 

Les papillons Marta de Menezes

Cette artiste d'origine portugaise s'est fait remarquer avec la création de nouvelles espèces (vivantes) de papillon, aux ailes asymétriques. Parmi ses autres créations : Proteic Portrait (sculpture en 3D à base de protéines) et NucleArt (peinture avec ADN)

www.martademenezes.com

 

ArtBot

Depuis 2002, Artbot organise chaque année une exposition d'art robotique. On y trouve régulièrement des artistes travaillant sur la frontière entre naturel et artificiel, comme le mobile perpétuel à base photosynthétique d'Amy Franceschini et Michael Swaine.

artbots.org

 

 

Pour votre aquarium

La société américaine GloFish vous propose le premier poisson transgénique de l'histoire de l'aquariophilie : un poisson zèbre doté d'un transgène qui le rend fluorescent.

www.glofish.com

 

 

 

 

 

Publié dans Chronic'art

Commenter cet article